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Sortie de l'Académie des anges

Présentation
Et si les anges étaient comme vous et moi, avec leurs fous rires, leurs larmes, leurs colères, leurs jalousies et leurs doutes ? S’ils n’étaient pas comme la tradition populaire les décrit, calmes et sages, mais au contraire chamailleurs et fonceurs ? Si la Vie, malgré Sa toute-puissance, se sentait dépassée et allait voir un psy ? Et si l’Au-delà était le simple reflet de notre monde ?...
Pourquoi la Vie permet-Elle le Mal sans aider Ses créatures ? s’interroge l’ange novice Yinyang, rescapée d’un massacre de bébés anges.
Si la Toute-Puissance ne réagit pas, alors Elle ne sert à rien. Tel est le raisonnement d’une Yinyang indignée. L’ange apprenti prend le commandement de la Révolte contre la Vie et sème la terreur à l’Académie des anges, située au Sublime, château aux dix millions de tours flottant dans l’Univers.
Yinyang, en pleine crise de rébellion, provoque la Vie, L’insulte et La défie impunément.
Un jour, l’élève ange apprend qu’elle n’était pas seule à avoir échappé au massacre de bébés anges. Yinyang abandonne aussitôt la Révolte et se lance à la recherche de ses sept autres compagnons d’infortune. Son but : former un groupe d’anges nommé Elite des Lumières.
Pour ce faire, toutes les bêtises seront bonnes : ressusciter les morts, marcher sur l’eau ou encore pulvériser la moitié des galaxies de l’Univers…
Dans ce monde enchanté, chacun devra choisir entre la Vie et l’Obscur. Seul le Libre Arbitre est véritablement tout-puissant et engendrera des saints ou des monstres.

Mot de l’éditeur : premier roman du jeune prodige Coline Mulatier (24 ans seulement), cette histoire surnaturelle vous emmènera très loin, et même au-delà, voire dans l’au-delà. Une langue très agréable, une imagination débordante, un univers entièrement créé et très lumineux, des références permanentes aux grandes religions monothéistes, des personnages attachants et pour le moins surprenants et originaux, sur des thèmes graves ou légers, le tout plein d’humour font de l’Académie des anges un roman à part qui a de très grandes ambitions littéraires et poétiques et dont on attend impatiemment la suite une fois la dernière page dévorée.

465 pages, 14 x 20 cm, 21€ (+4€ de frais de port)

Pour vous procurer ce livre, vous disposez :

- du chèque, à l'ordre des Editions Tatamis, 103 rue Albert 1er, 41000 Blois

- de paypal :

 

Présentation de l’auteur
Ce livre a été écrit par Coline Mulatier. Elle se présente à vous :
J’ai vingt-quatre ans et j’écris depuis l’âge de neuf ans. Le rêve et l’imagination ont une grande importance pour moi. Je m’intéresse aussi à l’imagination des autres, particulièrement aux histoires des livres sacrés, aux contes, aux mythes et légendes. Cela fait cinq ans que je travaille sur L’Académie des Anges qui met en avant huit anges étudiants dont certains sont très connus du public. Il s’agit, en fait, de la jeunesse des anges les plus célèbres des livres sacrés, avec cependant des noms différents. Certains éléments des trois grandes religions et des contes de fées reviennent assez souvent, sans toutefois être nommés directement. Le lecteur est donc appelé à réfléchir.
L’Histoire est l’une de mes passions (j’entame ma deuxième année de master). Cette discipline m’a permis de consolider mon récit, de lui apporter une touche de maturité, dans la description des régimes angéliques de l’Univers, du Sénat des anges, chargé de gérer toutes les créations de la Vie, ou encore du Parlement du Quatrième Ciel...
Ma vision des anges est non conformiste, aussi bien par ma conception du Jugement Dernier que des anges eux-mêmes  (un de mes anges est athée et un autre se demande à quoi sert Dieu s'Il laisse se produire tant de malheurs et de crimes).
L’ACADÉMIE DES ANGES est le titre général d’une saga qui comportera au moins six tomes. L’Élite des Lumières est mon premier roman et constitue les seize premiers chapitres du tome I.

Extraits
Avant propos
:

 Je tiens à préciser aux lecteurs que certains éléments de ce livre ne correspondent pas à la réalité des croyances populaires. Cette saga ne prétend pas donner une autre « vérité » de l’Au-delà. La vérité est d’ailleurs insaisissable.
Ici, les anges et la Vie nous ressemblent car nous avons été créés à leur image.
Ce livre cherche à transmettre une histoire se concentrant principalement sur les anges, ce peuple mystérieux et fascinant. Le but est de raconter une version de leur évolution.
Je présente mes excuses auprès de ceux qui pourraient être choqués par cette vision de l’Au-delà. Mon but n’était pas de les offenser, mais plutôt de rendre hommage aux croyances populaires.
Pour les autres lecteurs, je leur souhaite de prendre plaisir à cette lecture.
 Coline Mulatier


Prologue
:
Le jour J du Jugement...

 « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l’amer le doux et le doux l’amer. (...) Une fois de plus, aie pitié de nous ! Foule aux pieds nos fautes, jette au fond de la mer nos péchés ! » (Ancien Testament, Livres prophétiques Esaïe chap 5 v 20 ; et Michée chap 7 v 19)
   « Au jour du Jugement, les âmes surgiront par troupes pour que leur soient montrées leurs œuvres. Quiconque aura fait le bien, ne fût-ce que du poids d’un atome, le verra. Quiconque aura fait le mal, ne fût-ce que du poids d’un atome, le verra aussi. »  (Coran, sourate 99 v 6,7 et 8)
« Puis je vis un autre ange qui volait au zénith, ayant une bonne nouvelle éternelle à annoncer à toutes les nations, races, langues et peuples. Il criait d’une voix puissante : Craignez Dieu et glorifiez-Le, car voici l’heure de Son Jugement ! »  ( Nouveau Testament, Apocalypse de Saint Josh, chap 14 v 6 et 7)

Cette histoire commence à la fin... la Fin des Temps.
   Dong ! Dong ! Dong ! L’énorme cloche retentissait dans tout l’Univers.
   Le château Sublime, flottant au centre de l’Univers, vibrait sous les coups violents et graves.
Ce merveilleux édifice portait bien son nom. Il comptait exactement dix millions de tours colorées et scintillantes. Formé de deux citadelles identiques inversées, on aurait dit que l’une était le reflet de l’autre. Les vitraux du Sublime, d’une fraîcheur à faire pâlir d’envie les plus beaux bâtiments religieux, ajoutaient davantage de gaité.
   Ding ! Dung ! Dang ! Dong ! accompagnèrent d’autres cloches, plus petites celles-là.
  Bientôt, ce fut un concert qui résonna à travers l’espace infini d’étoiles multicolores et de galaxies étincelantes.
   Sur la célèbre grande terrasse du Sublime, le vieil archange Tempus tordait ses longues barbes blanches de nervosité. Aussi étrange que cela pût paraître, il possédait deux visages. L’un, normal, parlait du présent. L’autre, derrière la tête, revisitait le passé. De longues barbes laiteuses coulaient sur un magnifique habit de soie bleue et verte. Malgré son apparence, qui n’était plus de toute première jeunesse, Tempus semblait déborder d’énergie. De somptueuses ailes dorées venaient parachever sa noble physionomie.
  Ce curieux vieillard commandait au Temps. Chaque seconde lui était confiée par la Vie. De plus, Tempus présidait le Sénat Sacré des anges : organisme composé de mille anges, gérant l’Univers et les Sept Cieux du Monde des Lumières.
   Une Lumière éclatante se manifesta. Aveuglé par la formidable Clarté, le vieil archange aux deux visages détourna ses yeux, grommelant. La Lumière baissa d’intensité.
Soulagé, Tempus s’inclina respectueusement. Après tout, il s’agissait de la Vie, la Force toute-puissante qui avait créée tout ce qui existe.
   - Ça y est, murmurait Tempus, la respiration haletante, en regardant les trilliards d’étoiles qui se déployaient autour de lui. Le jour du Jugement Dernier est enfin arrivé. C’est le jour J, l’heure H, la minute M, la seconde S...   
   Bien qu’Elle fût infiniment plus importante que le président du Sénat et maître du Temps, la Vie semblait beaucoup moins tendue. Au contraire, la Lumière pouffait presque :
   - Vous parlez d’un drame, Mon cher Tempus ! Ça devait arriver fatalement. Je vous ai prévenus des millions de fois. Ne faites pas ces têtes. Ce n’est pas la fin du monde.
   Cette dernière phrase coupa le souffle au vieil archange. Tempus lança un regard effaré à la glorieuse Lumière.
   - Bon d’accord, l’expression est mal choisie, reconnut la Vie. Mais détendez-vous, voyons. Ne soyez donc pas si stressé. Vous n’avez pas grand-chose à faire, vous. C’est Moi qui M’y colle. Je vais devoir juger tous les êtres des Univers : les Sacrés et les Profanes. De la créature la plus gigantesque à la créature la plus microscopique. Chaque brin d’herbe va y passer... Aaaaaaaaaah, on va bien rigoler.
   Tempus, même s’il respectait et aimait profondément la Vie, ne put s’empêcher de secouer ses têtes face à Son air enfantin. La Vie travaillait souvent avec une bonne humeur qui ressemblait dangereusement à de l’insouciance. Sentant l’inquiétude croissante de Tempus, la Lumière entreprit de le rassurer :
   - Relaxe, Max. Je sais parfaitement ce que Je fais. Les gentils seront récompensés et les méchants recevront la fessée du siècle. Pas de panique, Tempus. Comme Je vous l’ai maintes fois promis, Ma justice sera claire, ferme et sans appel.
   Cette fois, le vieil archange se détendit un peu. La Vie était assez lunatique. Lorsque la situation l’exigeait, Elle pouvait faire preuve d’une dureté qui terrorisait même les pires monstres des abîmes.
   Dong ! Ding ! Deng ! Doung !
  Les nombreuses cloches sonnaient inlassablement. Le président du Sénat et maître du Temps s’impatientait. Que faisaient donc les milliers de quindécillions  d’âmes de l’Univers pour mettre tant de temps à arriver au Sublime ?
   - Hé ho ! fit la Vie, froissée. On ne ressuscite pas en un clin d’œil. La Résurrection prend du temps, sinon elle est bâclée. Et Moi, Je déteste le travail bâclé.  
   
Soudain, on entendit au loin le hennissement de chevaux, accompagné d’un joli bruit de sabots. Les deux visages de Tempus s’éclairèrent.
  À l’horizon, quatre djinns, métamorphosés en magnifiques licornes ailées, galopaient vers eux, tout en battant des ailes. Sur ces gracieuses licornes, aux robes banche, noire, baie et jaune Isabelle, se trouvaient quatre jeunes anges adultes, tous excellents cavaliers. Deux garçons et deux filles. Ils atterrirent sur la grande terrasse du Sublime.
   Les quatre licornes s’inclinèrent face à la Vie. Une petite jeune fille descendit en un triple saut périlleux et se prosterna. Elle était vêtue d’une armure dorée et argentée. Ses cheveux noirs, coupés courts, lui donnaient une allure masculine. Son apparente dureté venait de ses yeux bridés, aussi sombres et brillants que l’espace. Une paire d’ailes dorées atténuait cette sensation d’agressivité. D’une voix assurée, la jeune fille déclara en cognant son poing droit dans sa paume gauche :
   - Nous avons porté l’annonce de la Fin des Temps aux Quatre Coins de l’Univers et aux Sept Cieux du Monde des Lumières. Ça a été l’affolement, mais on les a vite calmés.
   - Très bien, Yinyang. Maintenant, à toi, Gahalleb. Feu vert !
   Un ange à peine sorti de l’adolescence, habillé d’une tunique blanche, décorée de motifs dorés et argentés, bondit de selle. Gahalleb avait la peau café au lait et des yeux couleur miel. Ses cheveux dorés, mi-longs, lui tombaient presque sur les épaules. Pour finir, il paraissait espiègle, le sérieux ne faisant pas partie de son vocabulaire. Il aimait visiblement la rigolade.
Rapidement, Gahalleb salua la Vie en faisant des moulinets ridicules de sa main. Puis il sortit une belle trompette de nulle part et cria :
   - Et c’est parti ! Ça va déménager ! À la une, à la deux, à la...
   Il souffla à pleins poumons dans l’instrument. Aussitôt, tous les vitraux du Sublime explosèrent en mille morceaux. Sous le choc, Tempus, les quatre licornes ailées et les trois autres anges se jetèrent à terre, mains et ailes sur la tête. La Vie eut l’air amusé.
   Le trompettiste sourit de son effet.
   - Oups ! Elle décoiffe, cette trompette, s’exclama Gahalleb, ravi. Debout, là-dedans ! hurla-t-il à tout l’Univers. Assez rigolé ! C’est l’heure de rendre des comptes à la Vie ! Le Jugement Dernier a commencé !
   L’ange farceur souffla à nouveau. Cette fois-ci, il joua un air de sa composition. Mais il ne s’agissait pas d’une mélodie grave et majestueuse, comme il aurait convenu en cette grande occasion. Non, le trompettiste se mit à se dandiner, à danser, à trépigner. On aurait pu croire que quelqu’un avait glissé du poil à gratter dans le col de sa tunique.
En outre, sa musique insufflait réellement l’envie de bouger. Un air de Lambada enivrant. Les trois autres jeunes anges ne purent résister à la tentation de remuer les épaules. La Vie approuva. Elle les incita à se libérer de leurs tensions.
   Avec plaisir, les quatre anges obéirent. Yinyang, tapant dans ses mains, s’installa à une batterie tombée du ciel étoilé. L’autre jeune homme ailé, à la peau noire et au crâne chauve, s’assit à un piano électronique. Enfin, la dernière jeune fille au teint cuivré s’empara d’une guitare électrique.  
   Des milliards d’anges, de djinns et de fées arrivèrent enfin. En rythme, ils exécutaient des chorégraphies parfaitement coordonnées. Recouvert de tuniques colorées et lumineuses, l’espace infini semblait se mouvoir en des vagues multicolores. Comme un seul danseur, des trillions de Sacrés donnaient le meilleur d’eux-mêmes. Leurs danses impressionnaient, donnaient le tournis. Ils avaient tous besoin de se défouler avant le Procès final qui s’engagerait bientôt.
Autour d’eux, un nombre incalculable de planètes, parmi des nuages de gaz colorés, scintillaient. Tempus, le seul resté sérieux, contemplait le spectacle. Ses deux visages ridés affichèrent une moue incrédule. Soudain, il murmura d’un air misérable :
   - Ils sont si nombreux, si nombreux... Comment allez-Vous faire ?
   - J’ai eu la folie des grandeurs, admit la Vie en swinguant. Mon psy M’en a souvent fait le reproche. Les galaxies à elles seules sont innombrables... Je vais devoir juger chaque être vivant, présents et passés, de chaque planète. Il faut également prendre en compte leurs vies antérieures. Sans parler des autres Univers. Il y en a des millions superposés, pareils à celui-ci ! Aïe, aïe, aïe ! Mais qu’est-ce qui M’a pris de créer tous ces trucs, nom de Moi ?
   Tempus, stupéfait, décela une pointe de découragement dans la voix de la Lumière qui cabriolait telle une balle rebondissant partout. Il n’en revenait pas. La Vie n’avait jamais montré une telle consternation vis-à-vis de Ses propres œuvres. Elle en avait toujours été fière et heureuse. Tempus fronça les sourcils, bien décidé à Lui remonter le moral :
  - Vous êtes la Vie. Que pouvez-Vous faire d’autre à part créer ? C’est Votre nature. De plus, Vous êtes toute-puissante. Ce Jugement ne devrait pas Vous faire peur. Mais si c’est trop pour Vous, on peut toujours confier une partie du Procès à l’Éli...
   - Et puis quoi encore ? tonna la Lumière, interrompant Ses bonds. Je suis l’Absolu, unique et tout-puissant. Le seul juge. Je n’ai ni égal ni associé. Vous devriez le savoir, depuis le temps, espèce de vieillard sénile ! Et Je sais tout sur tout. Rien ne M’échappe. Qui d’autre peut en dire autant, hein ?
   Tout en continuant de regarder les myriades étoilées, Tempus eut un sourire malicieux en coin. Décidément, la Vie se conduisait exactement comme Ses créatures. C’était une pure évidence. Les chiens ne faisaient pas des chats. La Vie avait parfois besoin d’être provoquée afin de réagir. Un bon coup de fouet ne faisait pas de mal. Stimulée, la Lumière poursuivait :
   - Moi seule punis, pardonne ou récompense. Mes décisions sont toujours justes et irrévocables. Je M’en vais vous juger tous les Univers et sans aucune pause. Non mais, ça suffit les bêtises !
   Sur la musique fêtarde, les décillions d’anges, de djinns et de fées dansaient et chantaient toujours. Un feu d’artifice sensationnel, tiré de toutes parts, clôtura l’annonciation du Jugement Dernier.   L’Univers se colora d’étincelles magiques. Tout se mit à flamboyer.
  Soudain, comme par magie, les âmes profanes de chaque planète de chaque galaxie sortirent de leurs mondes. Elles marchaient sur des arcs-en-ciel aboutissant sur l’espace.
Humains, végétaux, animaux, minéraux, aliens, créatures très étranges, magiciens, sorciers et bien d’autres encore. Ils quittaient leurs galaxies pour se diriger vers le Centre de l’Univers, au château Sublime où le Jugement Dernier se déroulerait.
   Tous parleraient à la barre du Procès Final. Tous seraient soumis au même traitement, jusqu’au plus petit microbe de la plus petite planète de la plus petite galaxie du plus petit Univers.
   - Tempus, préparez-Moi un café bien fort. On va y passer la nuit, Je le sens, dit la Vie, désespérée face à la foule d’une ampleur inimaginable.  
   Les septendécillions  d’âmes furent frappées par la splendeur du spectacle qu’offrait le Sublime. L’extraordinaire Château-Aux-Dix-Millions-de-Tours prouvait à lui seul l’omnipotence de la Vie.
   - Et encore, rappela Tempus non sans fierté. Ce n’est que l’accueil.
  Terrifiées par tant de gloire, beaucoup de Profanes implorèrent la Lumière :
   - Soyez miséricordieux ! Ayez Pitié !
   Ces jérémiades de dernières minutes agacèrent la Vie qui clama d’une voix forte :
   - Taisez-vous ! Il est trop tard pour regretter quoi que ce soit. Il fallait y penser avant. Ceux qui auront commis involontairement le mal, mais qui auront tout fait pour se rattraper, pourront espérer Mon pardon. Je ne suis pas impitoyable envers les vrais repentis. Quant à ceux qui auront semé terreur et destruction autour d’eux, ceux-là préféreront disparaître totalement plutôt que de subir le terrible châtiment que Je leur réserve. Croyez-Moi, ça bardera pour leur matricule. Je les attends au tournant. Bien. Que la fête commence !
   Le silence s’abattit sur la gigantesque assistance. À présent, un océan d’âmes de tous sexes et de toutes espèces ondoyait face à la grande terrasse du Sublime.
Confrontées aux terribles paroles de la Lumière, certaines âmes s’évanouirent d'épouvante. D’autres se prosternèrent. D’autres éclatèrent en sanglots. D’autres encore attendaient de nouvelles paroles foudroyantes. La Toute-Puissance ne semblait pas commode, pensèrent-ils avec pertinence.
Comme pour les conforter dans cette impression, Elle affirma :
   - Il ne faut pas Me prendre pour une poire. Si vous croyez que Je pardonne tout et n’importe quoi, vous allez tomber de haut, Mes cocos.
 
 Le Procès ultime allait durer un moment. Par conséquent, la Vie fit en sorte que chaque âme eût un siège. En une seconde, la titanesque foule se retrouva assise confortablement. Les plus petites créatures étaient situées en hauteur.
   - Des questions avant le début du Jugement ? hasarda la Vie.
   - Oui, lança la voix flûtée d’une petite humaine. Je me suis fait agressée, violée et tuée dans ma dernière vie. Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Beaucoup d’enfants, de femmes et d’innocents ont subi les pires horreurs sous Vos yeux sans que Vous ne bougiez le petit doigt. Est-ce qu’on aura le droit de Vous juger aussi ? On aurait deux mots à Vous dire.
   Un tohu-bohu indescriptible monta de l’immense foule. Des sextillions  d’âmes sacrées et profanes braillaient leur rage envers la Toute-Puissance qui semblait les avoir abandonnés si longtemps.
   -  Avez-vous seulement écouté nos plaintes lorsque les humains nous massacraient pour gagner de l’argent ? cria un magnifique animal profane, sorti tout droit des plus belles légendes. Les humains de la galaxie Alikoney ont supprimé mon espèce sans aucune pitié.             
   - Où étiez-Vous quand les forts réduisaient les faibles en esclavage ?
   - Que faisiez-Vous lorsque des catastrophes naturelles causaient des dégâts irréparables sur nos pauvres planètes ?
   - Pourquoi avoir permis la torture et le meurtre de tant d’enfants innocents ?
   - Avez-vous passé de bonnes vacances quand des cinglés s’amusaient à nous déporter dans des camps d’extermination ?
   - En fait, Vous ne servez à rien ! osa même hurler un microbe, rendu furieux par son rôle destructeur qui l’avait contraint à contaminer et à tuer des dizaines de milliers d’êtres vivants.
   Tempus risqua un regard las à la Lumière et marmonna entre ses barbes :
   - Vous voyez, je Vous l’avais dit. Ce système était une fausse bonne idée. Regardez-les. Ils sont fous de colère, et c’est compréhensible.  
La Vie poussa un grognement et répondit non sans embarras :
   - Nous règlerons cela plus tard. Tous ceux qui ont subi d’injustes violences, et Dieu sait s’il y’en a, viendront dans Mon bureau à la fin du Jugement Dernier. Ils pourront Me blâmer autant qu’ils le voudront (Je sens que Je vais avoir besoin d’aspirine…) Parfait. J’appelle à la barre l’Élite des Lumières.
   Un murmure de surprise parcourut l’assemblée. Les novemdécillons  d’anges cherchèrent du regard les huit membres qui formaient l’Élite des Lumières.
La Vie attendit une minute avant de répéter Son appel d’un ton plus ferme.
   - Ne M’obligez pas à venir vous chercher par la peau du cou. Il faut bien débuter par quelqu’un. Tout le monde sera passé au peigne fin, de toute façon.
   Les âmes profanes de l’Univers, qui ne connaissaient rien de cette Élite des Lumières, ouvrirent des bouches de consternation en découvrant huit jeunes gens ailés. Ces derniers posèrent pieds sur la grande terrasse. Il y avait là les quatre cavaliers du début et quatre autres anges vêtus de tuniques vives et brillantes.
Dignement, ils s’inclinèrent. Puis ils s’agenouillèrent, têtes baissées, et se roulèrent en boule, faces contre terre. Cette soumission totale à la Vie impressionna le titanesque public.
   - Debout. Ce n’est pas en Me léchant les bottes que vous gagnerez quelque chose. Vous êtes bien placés pour savoir qu’on ne M’achète pas.
   Espiègle, la Vie demanda s’il y avait un volontaire. Les huit jeunes anges reculèrent, tout d’abord. Ils n’avaient pas forcément envie de subir le terrible courroux de la Vie devant des centillions  de témoins à la fois curieux et épouvantés.
   Gahalleb poussa la jeune fille ange au teint cuivré vers la Lumière.
   - Vas-y, Midéwiwine, lui conseilla-t-il, avec son culot habituel. Tu n’as pas arrêté de pester contre les garçons, en affirmant que les filles étaient bien meilleures. Tu veux que je te dise ? Tu avais mille fois raison. Alors, à toi l’honneur.
   Midéwiwine se débattit et se cacha derrière lui :
   - Justement, répliqua-t-elle, souriante. Les crapules en premier. Après toi, donc.
   - Sans façon, se défendit Gahalleb, galant. Les dames d’abord.
   Assistant aux fameuses chamailleries de ces deux éternels gamins, qui avaient fait trembler les murs de l’Académie des anges, la Vie éclata de rire. Touchée, Elle les laissa régler leurs perpétuels différends. La Lumière scruta les visages des six autres garnements ailés. Chacun tentait de se faire oublier. Certains, même, priaient pour que le choix de la Vie tombât ailleurs que sur eux. La Clarté perdit patience. Elle rumina :
   - Bande de dégonflés ! Allez, Je veux entendre... hum... Qumoqums.
  Un jeune ange roux sentit son pouls accélérer brutalement. Qumoqums avait des yeux d’un bleu saphir qui s’opposait à une tunique écarlate chatoyante. Son souffle se bloqua. Il pâlit :
   - Pourquoi moi ? Passer devant tout le monde, c’est très mal élevé. Je peux attendre, Vous savez. Ça ne me dérange pas de faire la queue leu leu.
   - Bien essayé, reconnu la Vie, divertie. À la barre, Qumoqums. Exécution.   
  Gahalleb, pour réconforter son ami roux, lui donna une petite tape dans le dos :
   - Courage, vieux. Tu vas t’en sortir haut la main. Bon, ton casier judiciaire n’est pas vierge, mais tu as bien rectifié le tir. Vas-y. Montre-leur !
   Tentant de se calmer, Qumoqums s’avança jusqu’au centre de la terrasse. Il s’arrêta. La barre du Tribunal apparut devant lui. En proie à un brusque accès d’angoisse, il se retourna et aperçut ses sept amis qui le regardaient, puis la foule démentielle derrière eux.
   Yinyang, la jeune fille en armure dorée et argentée, lui sourit. Ses yeux bridés laissèrent des filaments de douceur traverser la dureté qui émanait habituellement d’eux. Elle leva son pouce vers le ciel. Légèrement apaisé, Qumoqums fit de nouveau face à la Vie qui attendait résolument que le jeune adulte ange voulût bien se reprendre.
   Ne voyant ni avocats, ni jury, Qumoqums s’en étonna. La Vie répondit qu’Elle seule jugerait. Ses créatures avaient eu bien assez de temps pour progresser. Désormais, seul leur passé comptait. Le Jugement Dernier marquait le point de non-retour, l’instant où tout serait révélé.
Affolé, l’ange roux réalisa que tout l’Univers saurait bientôt ce qu’il avait fait. Le rouge lui monta aux joues. La honte serait sans doute étouffante. Était-il donc obligé de dévoiler ses pires secrets ? Si Qumoqums eut la folle idée de cacher des actions compromettantes, il y renonça aussi vite. Mentir à la Vie était parfaitement inutile et lâche. Non seulement le public le traiterait de criminel, mais il passerait en plus pour un mythomane ailé, incapable d’assumer ses actes.
   - Bien. Qumoqums : La liberté de choisir et les conséquences qui vont avec, parle. Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Raconte-nous un peu ta vie. On t’écoute.
   Pris de court, Qumoqums leva des sourcils roux. Ses saphirs s’écarquillèrent. La Vie savait déjà tout sur tout, alors pourquoi lui demandait-Elle une autobiographie ? À vrai dire, Qumoqums aurait préféré en finir le plus vite possible. S’étendre de long en large sur le passé lui semblait superflu, voire malsain. Cela ne ferait que rouvrir d’anciennes blessures mal cicatrisées.
   Omnisciente et légèrement offensée, la Vie décréta que Sa requête n’avait rien de malsain. Oui, Elle savait tout sur tout, mais ce n’était pas le cas des autres spectateurs. Et lui-même, Qumoqums, devait revenir sur chaque instant de son existence afin de comprendre ses pensées, ses paroles, ses actions passées. De cette manière, il pourrait s’expliquer et se juger lui-même.
    Le Jugement Dernier serait tout sauf un exercice passif. Chacun des êtres jugés devrait effectuer un gigantesque effort.
 Qumoqums se cramponna à la barre. Un vertige le saisit. Il avait l’impression que les souvenirs se déversaient sur lui, pareils à une chute d’eau glacée. L’ange roux ferma ses yeux bleus :
   - Je m’appelle Qumoqums. Mon nom signifie La liberté de choisir et les conséquences qui vont avec. Je suis un des huit membres de l’Élite des Lumières. Cette Élite est composée des huit meilleurs anges des Quatre Coins de l’Univers et des Sept Cieux.
                  
                                                          
SOMMAIRE

Prologue - Les massacre des angeounets - La chef des anges rebelles - La princesse des armées  célestes - Une nouvelle ère - Le messager de la vie - Les anges du passage - Résurrection en trois jours - Un ange athée - L’envol des anges - La grande épreuve - Le tour de l’Univers - Anges-gardiens à la rescousse - Le procès de l’élite - La pétition des mille signatures - Le voleur de Lumière - Mission pas vraiment accomplie, quoique…

Jean ROBIN
Le : 16/02/2012
Création de sites internet Advanced Informatique