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Sortie d'Antifa d'Oskar Freysinger


L’arme fatale, vous connaissez ?Vous pensez tout de suite à quelque-chose de létal, d’ultra violent. Eh bien non, l’arme fatale, ce n’est pas ça du tout. C’est exactement le contraire. L’arme fatale est un conglomérat d’indignation, de bons sentiments et de morale à quatre sous. Avec ça, vous renversez sans coup férir une montagne de sagesse et de bon sens. Il n’y a pas de remède contre l’arme fatale. Son nom est « antifa ». Elle éradique toute résistance, fait taire toute voix critique, neutralise toutes les consciences, décrédibilise toute réflexion. Voilà le nouvel évangile. Plutôt que de subir l’arme fatale sans réagir, l’auteur de ce petit récit tente l’impensable, ose le blasphème suprême qui consiste à rire de ce nouveau dogme qui a remplacé la raison par l’émotion. En déridant les zygomatiques des lecteurs, ce texte contribuera peut-être à décrisper le débat politique. Car si le rire, cet antidote puissant contre la connerie, est bien le dernier acte de résistance avant le désespoir, il est aussi l’attitude la plus libératrice de l’homme. Avec l’amour. Mais l’amour peut être pris en otage. Le rire pas.


L'auteur : Oskar Freysinger, 51 ans, est conseiller national (député) suisse, et une figure importante de son parti, l’UDC (Union démocratique du Centre), principal parti du pays avec presque 30% des voix. Il est par ailleurs lauréat du concours de poésie du Festival Rilke de Sierre, et auteur de nombreux ouvrages, en français (Le nez dans le soleil, Outre-Pensées, i-mages) et en allemand (Die Schachspirale, Brüchige Welten).

60 pages, 11 x 18 cm, 5€  

 

Extraits :

« Un jour que j’avais mal aux dents, la réalité des choses m’est apparue dans toute sa cruauté.
J’ai réalisé que l’être humain est une victime.
Et puisque j’étais un humain, j’étais moi aussi une victime.
Pas seulement la victime d’une simple rage de dents, non, mais d’un principe universel, dont la rage de dents n’est qu’une manifestation particulièrement douloureuse.
J’étais une victime de la vie !
Car la vie est injuste.
Elle vous en met plein les dents.
Déjà parce qu’elle ne vous donne pas le choix de la choisir ou pas.
Un jour, on est jeté dans le monde, splash, et confronté à l’injustice.
A cause de la génétique.
On peut naître en tant que Mozart, Hitler, Donald Trump ou un enfant des rues de Calcutta.
Le rôle est imposé et on doit ensuite composer avec.
Si on est Mozart, c’est plus facile.
Mais dans les rues de Calcutta, on risque plutôt de se décomposer avant d’avoir composé quoi que ce soit.
Voilà pourquoi j’ai décidé de défendre le droit à l’avortement.
Avec l’euthanasie en plus.
Ca fait des tas de victimes de l’injustice en moins.
C’est un acte civique contre la cruauté de la vie.
On va me dire qu’il y a des compensations à la cruauté de la vie.
Mais à quoi bon, puisque tout finit irrémédiablement dans la souffrance et le malheur.
Prenez l’amour !
Encore une invention de la vie pour nous leurrer.
A peine vous êtes tombés raide mort d’une créature de rêve, que vous lui avez fait un moutard ou deux, et déjà elle vous délaisse et se transforme en chieuse.
Prenez ma copine Ada.
Le dada d’Ada, depuis qu’elle sent qu’elle ne pourra pas sauver notre couple, c’est de sauver le monde.
Une sorte de compensation par sublimation.
Donc, j’ai dû m’y mettre moi aussi, au dada d’Ada.
Mais Ada, elle veut sauver le monde à elle toute seule, sans moi.
Car selon elle, en tant qu’homme, je suis forcément égoïste, phallocrate et ne pense qu’à ça, à la chose, au bunga bunga.
C’est vrai que j’aimerais bien qu’elle prenne un peu de temps pour jouer à hue dada avec moi. C’est qu’en plus de son QI, elle a un de ces culs, Ada. Avec un cul comme ça, je lui pardonnerais presque d’être une chieuse.
Mais voilà, elle veut pas. Elle en a ras le bol de la domination du mâle.
Depuis un certain temps, faut payer, pour un moment de hue dada à la sauvette avec Ada.
Et faut payer de plus en plus cher : Faire la vaisselle, torcher le petit, sortir les poubelles, repasser le linge, surtout mes chemises, se taper les étalages de la Migros en poussant le caddie derrière elle. Un peu comme au golf. Sauf qu’ici, le handicap, c’est qu’y a pas de green, qu’y a qu’un seul trou qui m’intéresse, mais qu’il est toujours en mouvement et donc difficile à toucher.
Bref, je m’aplatis, je m’excuse d’avoir envie d’elle, de pas en faire assez, d’avoir un truc entre les jambes qui tend fâcheusement vers le haut et qu’elle me casse régulièrement pour que j’apprenne l’humilité.
J’apprends vite. Et plus j’apprends, plus j’en suis réduit à me branler.
Et pendant ce temps, Ada, elle tente de sauver le monde, ce qui est très épuisant et frustrant.
C’est que le monde ne semble pas vouloir être sauvé par Ada et qu’il ne l’a pas attendue pour devenir meilleur.
J’vous dis pas la frustration qu’elle en éprouve, Ada.
Avec la mienne en plus, ça fait deux frustrations énormes.
Et interdépendantes.
Car sans la sienne, j’aurais pas la mienne, de frustration.
Seulement voilà, comment penser à son petit plaisir, son vulgaire petit bien-être lorsque le monde va si mal ?
En y réfléchissant tout en me branlant virilement, un matin, une indignation salvatrice m’a soudain saisi à la gorge.
Une sacrée révélation, j’vous dis pas !
C’est cette indignation qui m’a sauvé.
Depuis, j’éprouve tout le temps de l’indignation face à des choses qui jusque-là me laissaient de marbre et qui sont pourtant inacceptables et insupportables
C’est devenu mon mantra à moi.
Je suis indigné en voyant un enfant obèse ingurgiter un hamburger.
Indigné de voir un fumeur polluer l’air avec sa clope.
Je vois un 4 x 4, même parqué, et je suis indigné.
Une femme portant fourrure, même artificielle : indignation.
Un hôtel cinq étoiles : indignation.
Un mendiant rom sur le trottoir : Suprême indignation.
C’est fou ce que ça donne un nouveau sens à la vie, l’indignation.
Même de voir le soleil mépriser les ombres finit par m’indigner.
C’est vrai, à la fin, pourquoi l’ombre n’aurait-elle pas droit à sa place au soleil, hein ?
Mais le sommet de l’indignation, c’est lorsque je suis face à des gens qui se permettent de ne pas être indignés.
Des gens qui trouvent ça normal, les chômeurs en fin de droit, les minorités discriminées, l’inégalité entre les hommes et les femmes, l’homophobie. Ils trouvent ça normal que les paraplégiques ne puissent pas pratiquer le roller-skate, que les moches ne gagnent pas les concours de miss, que les trisomiques ne puissent devenir professeurs à l’université, alors qu’il suffirait d’instaurer un malheureux quota pour corriger ça.
Moi, je milite pour que les paraplégiques soient plus que mezzo-contents et que les  culs de jatte puissent eux aussi puer des pieds. Voilà
On va me répondre que c’est impossible, que la vie est faite comme ça, qu’il faut vivre avec et qu’un obèse pesant 130 kilos ne pourra jamais gagner un cent mètres.
C’est même pas vrai !
Il suffirait de décréter vainqueur le plus lent.
Ou alors d’instaurer un handicap : On attache les jambes des meilleurs pour qu’ils fassent la course en sautant à pieds joints.
Comme ça, ils sauraient ce que ça fait d’être la victime de l’injustice.
Ils seraient moins arrogants, ces winners à la manque, une fois transformés en losers.
Au risque d’inverser l’injustice, on pourrait aussi remplacer le cent mètres par du sumo comme discipline olympique.
Ou alors on interdirait de courir le cent mètres en-dessous de trente secondes.
Ca donnerait aux meilleurs le temps de boire tranquillement un café sur le parcours en attendant que les obèses aient refait leur retard.
Ainsi, le lièvre et la tortue franchiraient la ligne en même temps et tout le monde serait vainqueur.
Mais voilà, personne ne fait rien.
Même les obèses n’osent pas revendiquer la médaille d’or qu’ils méritent plus que tous les Carl Lewis et Usain Bolt du monde, tant ils ont abdiqué face au poids du réel. 
Moi, ça me fait pleurer, toute cette injustice.
Cette cruauté gratuite de la vie qu’on paie pourtant si cher.
Il n’a qu’à se cacher, le bon Dieu qui n’existe pas et n’a rien créé, parce que l’évolution se passe de lui et que l’évolution, c’est le vrai Dieu, parce qu’elle permet à l’homme de corriger les injustices que la nature lui impose.
Voilà le sens réel de la société humaine.
Tout le reste, c’est du pipeau.
Là, on va me dire que je suis un doux rêveur, que c’est impossible de corriger la nature des choses, que la nature, elle est comme elle est et que le lion qui bouffe la gazelle, c’est normal, c’est son instinct de survie et qu’on ne s’apitoie pas non plus sur l’herbe que broute la gazelle, car on n’en finirait plus.
Et moi, je réponds que d’accord, la loi de la jungle, elle impose au lion de bouffer la gazelle, mais que nous, les humains, on est ni des gazelles, ni des lions, mais des humains.
Ça change tout.
Les humains, ça bouffe de la viande ET des salades, ça peut donc être gentil et méchant en même temps, parce que ça a le choix. Tout est dans le choix : avec les salades, t’es un gentil qui tend vers le vert, avec la viande, t’es un salaud, limite anthropophage, à part si la bidoche est hallal, car là, c’est justifié culturellement.
Pourtant, malgré la différence entre les hommes qui ont le choix et les bêtes qui ne l’ont pas, il y beaucoup d’analogies entre les deux, si on veut bien regarder un peu plus loin que le bout de la loi de la jungle. »


Jean ROBIN
Le : 31/10/2011
Création de sites internet Advanced Informatique