Certains, à propos de votre initiative, lors de son lancement, ont parlé d'arnaque. D'avance ils ont cherché à la disqualifier, sans évidemment avoir aucun élément, aucune raison particulière de le penser, ne vous connaissant pas. Décidément, même les initiatives les plus louables rencontrent leur détracteurs, sans doute des personnes frustrées de n'être capable que de critique ou de détruire ce que les autres entreprennent.
Je suis heureux moi, fier même, de faire au moins parti de ceux qui, sans avoir le talent, ni l'énergie, de lancer de tels projets, acceptent de les soutenir, et de les aider dans la période la plus difficile : le démarrage.
A l'heure où beaucoup, même parmi les journalistes, s'inquiètent du pluralisme des médias, de leur concentration, des pressions, de l'autocensure (mille fois plus marquée selon moi que la censure elle-même) je déplore que vos publications rencontrent encore un faible écho. Ces mêmes journalistes devraient s'enthousiasmer qu'il soit possible d'éditer sans forcément appartenir à Lagardère, Dassault, Vivendi ou Bouygues (auxquels j'espère vous n'avez pas l'intention de vous vendre un jour, je plaisante). Ils devraient apporter un juste écho à chacun de vos livres d'autant qu'ils le méritent au moins autant que les mémoires de telle célébrité, le roman de telle autre, qui, elles, peuvent faire la tournée des plateaux, et bénéficient d'une promotion hors norme, sans que leur livre soit forcément lu, son contenu n'ayant d'ailleurs que peu d'intérêt, l'essentiel étant de faire parler de soi, d'entretenir ses relations, et de ne pas rester trop longtemps absent du feu de l'actualité. Quand vous sortez un nouveau livre, je suppose que vous ne pouvez pas vous permettre non plus de l'envoyer à tous les journaux et télévisions. Les médias donnent une prime à la notoriété et au copinage, le talent étant un critère subsidiaire. Tout cela donne raison, comme je l'ai bien pensé dès le début, à votre irruption sur le plateau de canal+, car pour un inconnu, si bien intentionné et si talentueux soit-il, les canaux traditionnels offrent guère de chance d'être entendu. Et ces médias qui ont si bien critiqué votre irruption, vous assimilant même à un preneur d'otage violent (allons bon) et permettant à Ardisson, dont vous avez pourtant démontré qu'il a plagié la moitié d'un livre, ce que tous les journalistes sauraient s'ils avaient pris la peine de lire votre livre ou s'ils n'avaient pas mille fois plus d'intérêt à croire un homme influent comme l'est Ardisson plutôt qu'un inconnu, permettant donc à Ardisson d'avoir toutes les tribunes qu'il voulait pour se justifier, pour vous salir, sans que vous, vous ne puissiez vous défendre nulle part ailleurs que sur votre propre blog.
Enfin, si vous réussissez dans cette grande entreprise, vous savez que vous ne le devrez qu'à vous-même.
A propos encore de la censure, sur le site de Tatamis, on peut lire un texte de Raymond Boudon, et notamment "Elle (la censure)appauvrit le champ des possibles parmi lesquels notre esprit pourrait exercer sa capacité d'élection."
Je suis parfaitement d'accord avec cela, et c'est gravissime. Les médias ne permettent pas à toutes les idées, à tous les points de vue de s'exprimer. Mais pire encore, ils en sélectionnent certaines, qu'ils râbachent, et qui à force de répétition deviennent dans l'esprit des gens les seules possibles. Leur répétition assure seule leur légitimité, ce n'est pas leur pertinence. Ainsi, on tend à nous faire croire que les privilégiés aujourd'hui, ce ne sont pas ceux qui gagnent des millions d'euros par an. Non, ceux-là souffrent des impôts qu'ils doivent payer au point de parfois devoir s'exiler. Les privilégiés sont ceux qui vivent du RMI, des allocations chômages, qui ont des avantages dans leur contrat de travail, dans leurs statuts que d'autres n'ont pas, et qui au bout du compte au lieu de faire des salariés à 1500 euros, tous avantages pris en compte feraient d'eux des salariés à 1700 euros. Voilà les privilégiés d'aujourd'hui ! Voilà ceux qu'il faut combattre et stigmatiser ! Incroyable qu'une telle inversion de la réalité a pu être rendue possible !
Et souvent on cite des exemples de fraudes aux prestations sociales. TF1 a d'ailleurs consacré une émission à ce sujet programmée, hasard du calendrier, avant le 2ème tour des présidentielles. S'il faut la combattre bien sûr, la vérité est qu'elle représente 21,5 millions d'euros en 2005, sur 61 milliards d'euros versés (39% des déclarations étant contrôlées). La fraude représente donc 0,035% des versements, et en théorie au pire moins de 1% si toutes les déclarations étaient contrôlées. La fraude fiscale, elle, représente entre 29 et 40 milliards d'euros selon un rapport de mars 2007, en gros le déficit annuel de la France. Il s'agit principalement de la fraude à la TVA, à l'IS, et à l'IR. La fraude aux prestations sociales représente donc entre 0,05% et 0,07% de l'ensemble de la fraude. De quel type de fraude parle-t-on le plus ? Laquelle a-t-on l'air de prendre le plus en grippe ?
Pourquoi ne répête-t-on pas que payer beaucoup d'impôt quand on gagne beaucoup est à la fois un devoir, un geste de solidarité, et une chance par rapport à ceux qui n'en payent pas? N'est-ce pas tout aussi vrai, tout aussi juste que de dire que c'est une charge, une malédiction presque ? Pourquoi nous invite-t-on à plaindre ceux qui quittent le pays pour des raisons fiscales, alors qu'il ne serait pas inexact de les appeler traîtres à la nation, traîtres parce qu'après avoir bien prospéré dans un pays riche où ils ont eu la chance de naître, au lieu de leur rendre un peu de ce qu'ils ont gagné, ils préfèrent abandonner ce pays pour garder le maximum pour eux ? Car qu'en serait-il de leur fortune s'ils étaient nés Cambodgien, ou Burkinabais, avec tout le mérite qu'ils peuvent avoir ? S'ils sont riches, c'est en partie grâce à eux-mêmes, sans doute, mais aussi grâce au pays qui les a vu prospérer, grâce à ses infrastructures, à son système de santé, à ses institutions, grâce à la richesse même tout entière du pays.
Et du fait de cette répétition dans les médias, cette idée que les impôts serait un mal qu'il faut combattre est répandue chez ceux-là même qui n'en payent pas (qui pensent sans doute alors en payer aussi) et qui bénéficient plutôt de la redistribution. J'en veux pour preuve un sondage du CSA (appartenant à Lagardère faut-il le rappeler) des 20 et 21 septembre 2006 (http://www.csa-fr.com/dataset/data2006/opi20060921a.htm). 84% des Français pensent qu'il faut baisser les impôts. On peut cependant difficilement faire plus orienté comme sondage. Pour 11%, il faut augmenter les impôts afin d'assurer une meilleure redistribution sociale en France (ne servent-ils qu'à ça ?). Pour 84%, il faut baisser les impôts pour augmenter la consommation des Français (cette conséquence est-elle prouvée ? l'augmentation de la consommation induite concernerait-elle vraiment tous les Français ? ne serait-elle pas compensée pour la majorité d'entre nous par une baisse des aides, des prestations, des remboursements de soins,etc ?).
Mais je m'égare. Pas tellement en fait car je voulais dire que ce qui m'a plu dans votre démarche, c'est que vous offrez justement la possibilité à d'autres idées, d'autres visions du monde, d'autres faits de société, d'être diffusés, pour peu tout de même qu'ils ne soient pas abracadabrantesques. Et c'est très important, tant l'étau se ressère de plus en plus vers le conformisme de la pensée. J'ai essayé d'en offrir une illustration, qui peut sembler marquée politiquement, mais puisque l'idée contraire, défendue par les médias, n'est pas marquée à leurs yeux, qui se veulent neutres et objectifs, j'ai bien le droit de considérer que la mienne ne l'est pas davantage. Si penser telle chose n'est plus ni de gauche, ni de droite, penser exactement l'inverse, n'est ni de gauche, ni de droite non plus. Et si augmenter les impôts relève d'une idéologie, en quoi les baisser ne relèverait-elle pas aussi d'une idéologie, mais inverse cette fois ? Tout cela me semble logique.
Je vous souhaite bonne continuation